Diète numérique (3)

Je sais que c’est un peu redondant comme thématique, et que je n’ai écrit qu’un seul article entre deux, qui lui-même pourrait facilement s’acoquiner avec l’idée d’une diète numérique, cependant… cependant c’est probablement une progression assez majeure dans ma démarche vers une plus grande simplicité, devant s’accorder avec la rechercher d’une pleine grande sérénité.

Le 23 janvier dernier, je lâchais un post sur Facebook à qui je déclarais mon intention de le quitter. Ce cher réseau social n’en finissait pas de me filer des boutons. En fait, je tournais autour du pot depuis un moment déjà, puisque j’en parlais dès mon premier article sur la diète numérique engagée, le 31 juillet 2016. J’en avais fait part sur mon mur et j’avais eu des retours me faisant hésiter franchement, surtout à un moment où la peur de l’isolement se faisait sentir (fin de grossesse, impossibilité de bouger, éloignement des amitiés etc…). Les arguments opposés n’étaient pas mauvais, et cela a sans doute contribué à la lente agonie de mon idylle avec le réseau social.

Si je n’ai pas, encore, supprimé mon compte Facebook, je ne partage plus rien avec lui depuis le 7 février, date à laquelle je me suis sentie « obligée » de témoigner de ma tristesse en apprenant le décès de Tsvetan Todorov, linguiste et historien des idées passionnant.

J’ai supprimé purement et simplement de mon téléphone les applications relatives au réseau. Prenant garde à ne pas cocher la petite case « rester connecter » de la page web des réseaux où je possède un compte, ayant pris soin d’avoir des mots de passe aussi longs qu’impossibles à retenir et le cache de mon navigateur sur téléphone ne gardant pas les mots de passe après chaque fermeture… me connecter devient une épreuve. Je le fais mécaniquement moins.

Les deux premiers jours, soyons honnête, j’ai galéré. L’addiction est réelle ! Ne vous moquez pas de ceux qui disent ne pas être capables de s’en passer. On parle d’ailleurs d’un syndrome : le FOMO. Ou « Fear of missing out », la peur de rater quelque chose. C’est un argument que j’ai entendu quand on me répondait que j’avais du courage de décider d’abandonner le réseau. Oh, bien sûr, je vais rater des choses, probablement. Mais vais-je manquer quelque chose de fondamental ? Par ailleurs, savoir dans l’instant ou la minute de la publication m’a-t-il déjà permis d’agir ou de réagir plus rapidement ? (Du moins autrement que par un pouce levé ou un smiley attristé ?) La conviction que la réponse est non a fini par m’aider à vouloir me passer de mon mur (terme désignant notre fil d’actualité qui, au final, est assez révélateur de sa réalité : un obstacle). Outre le fait de ressentir une pesanteur ennuyée à chaque fois que j’ouvrais le logiciel. Parce que je n’ai pas souvenir depuis mes débuts sur Facebook en 2007 avoir été invitée à manifester une réaction pertinente ou profonde sur une information passée. Pire, j’ai le sentiment d’avoir contribué à la vacuité des informations que je pensais transmettre, par le simple fait de moi-même passer à autre chose juste après avoir cliqué sur le bouton « partager » de la page concernée. Quand une étude a démontré récemment que la plupart des articles partagés ne sont pas lus, bien que suscitant des réactions virtuelles… ça laisse songeur.

Si aujourd’hui je suis plutôt convaincue que Facebook m’a donné l’illusion d’être active, de me tenir informée, d’être dans un flux de proximité avec des gens éloignés, j’ai été clairement aspiré dans le maelström de l’auto-persuasion. Tant et si bien qu’en cherchant à me libérer de l’emprise du réseau, la tentation d’y revenir est restée grande jusqu’à ce que je m’impose une régularité, ne regardant plus mon flux qu’en soirée. D’abord quotidiennement. Puis tous les deux jours. Puis… quand j’y pense. Et parfois ça peut prendre plusieurs jours. Je parviendrais peut-être à l’avenir à ne plus y penser. Ce que j’espère in fine réside bien dans la suppression pure et simple de mon compte.

J’ai commencé à sérieusement lâcher l’affaire. Car, comme à l’époque où je lisais un quotidien… quotidiennement, je me suis assez rapidement rendu compte de la redondance des informations même à 24h d’intervalle. Du jour au lendemain, rien de nouveau. Je ne manquais finalement absolument rien. Quelques bons mots, quelques amusantes anecdotes… mais rien de fondamental. L’information finie toujours par se frayer un chemin.  Sur une semaine, une ou deux infos pouvaient être vraiment importantes.

Et cela ne concerne que les personnes « amies ». Pas les pages auxquelles je suis abonnée, lesquelles disposent d’autres moyens de mise en relation. Et, d’une certaine manière, j’ai redécouvert le plaisir de laisser libre cours à la chasse aux liens, rebondissant d’une infos à l’autre, d’un lien à un autre, plutôt que suivant bêtement des publications invariablement liées à mes centres d’intérêts. Cela change quelque peu les perspectives, et ouvre les chakras… euh… l’esprit critique. On n’est jamais très bon critique quand on ne s’assoit jamais ailleurs que dans nos zones de confort. Plutôt que d’attendre, j’en reviens à vouloir adopter une démarche proactive, comme au bon vieux temps des débuts de l’internet grand public, me fait de l’oeil.

Je vais essayer de faire un listing retraçant la démarche. Sans trop m’égarer dans de longues explications.

  • Supprimer Facebook de son téléphone, et son service de messagerie. Outre le fait que Facebook est gourmand de nos données, il est aussi avide de notre temps. Si vous aimez votre téléphone jusqu’à plus soif, tentez l’expérience des applications vous permettant d’évaluer le temps que vous passez dessus et à quels usages. C’est souvent assez parlant. Ce n’est bien sûr qu’une première étape, devant conduire à donner corps à une certaine prise de conscience en la chiffrant, mais c’est éclairant.
  • Supprimer toutes les notifications. Visuelles et sonores (surtout). Si vous aimez Florence Foresti, vous comprendrez la tyrannie du bip.
  • Epurer autant que possible son écran. Cela peut paraître idiot, mais moins l’écran est chargé, moins on le regarde longtemps. Je n’ai sur la page d’accueil de mon téléphone que 9 applications. C’est encore beaucoup. Certains se contentent que de 4. Et je n’ai qu’une seule page d’applications triées par usage dans 4 dossiers auxquelles j’accède beaucoup moins régulièrement.

On pourrait me dire à ce stade : pourquoi conserver un smartphone ? Parce qu’on peut faire un usage intelligent de l’outil sans en tomber esclave. L’application de navigation en temps réel m’est utile. Avoir accès au web pour des contrôles de dernières minutes m’ont sauvé plus d’une fois. Pouvoir accéder à mes données en tout lieu est également fondamental et m’a simplifié la vie à plusieurs reprises.

Smartphone ne signifie pas qu’il faille en faire un simple relais des réseaux sociaux, premiers dévoreurs d’attention et de temps. C’est un couteau suisse sans la lame. La tentation de revenir à un Dumbphone me travaille depuis quelques temps, mais je doute d’y parvenir, car au final, la fonction téléphone est probablement celle que j’utilise le moins, comme beaucoup de gens.

Vous noterez que, parlant de quitter Facebook, j’en viens à parler des usages sur téléphone, ce qui dénote assez bien de l’importance du réseau qui s’est très largement détaché du web pour dominer le monde des applis.

Quitter Facebook est pour moi une première étape. A cela, il faut ajouter le maintien en Inbox Zero mes adresses mail, la désactivation progressive de toutes les newsletters accumulées au fil des ans et le nettoyage de fond des discussions sauvegardées. J’ai aujourd’hui un rapport beaucoup moins passionnel avec mes outils informatiques. Je sais que je ne suis pas à la rue si mon ordinateur tombe en rade (comme c’est le cas actuellement). Il y a toujours un moyen de contacter les gens auxquels on tient, et un moyen pour se tenir informer sans s’abrutir d’informations redondantes, déformées et inutiles.

La vie est assez stressante en elle-même pour ne pas avoir besoin d’accepter rester volontairement dans un maelström non contrôlé. Si j’arrive à me détacher de la publicité, je peux aussi me détacher d’un contrôle bien mené des lignes de pensée.

Pour les gens curieux, il y a cet article long, relayé par Framasoft, sur des raisons et des façons de dire au revoir à Facebook : « Si on laissait tomber Facebook ? »

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