Ma vie en slow mo

SlowMo 12, Slow Watches de chez Ocarat.

Je commence par dépoussiérer un peu l’espace. Je range deux, trois petites choses (comme masquer l’affligeant plugin « Archives » qui témoigne de l’abandon de ce blog *tousse tousse*)… et on s’y remet ! Du moins, on essaye. Ce n’est pas faute de vouloir, entendons-nous bien. C’est plutôt faute de trouver plus de 30 minutes d’attention pleine et entière consacrée à l’écriture. Pleins d’idées. Pleins d’envies. Pleins de projets. Si peu de temps. Et pourtant ! Pour être tout à fait honnête, ce n’est pas tant le temps que l’organisation et la capacité à m’isoler qui me freinent dans ces entreprises. Il est urgent que je reprenne les choses en main.

Et surtout… de reprendre le contrôle de mon temps.

Vous voyez où je veux en venir ? Je sais, je sais, c’est un peu facile comme approche, mais l’idée de fond est là. Notre société est survoltée. Bonjour lapalissade ! L’argument phare que j’ai longtemps opposé quand quelqu’un me demande pourquoi je ne fais pas telle ou telle chose : « je n’ai pas le temps ».

Vraiment ? S’il est évident que je n’ai pas fait acte de présence assidue sur cet espace, on pourrait réellement croire que je n’ai pas eu le temps. Tutututut ! Que nenni ! Je dois nuancer. Je n’ai pas PRIS le temps. Car c’est bien une question d’appropriation. Je ne vais pas dire qu’il n’y a pas d’obligations diverses et variées qui s’accaparent une grande partie de ce précieux. J’ai déjà exposé quelques raisons à ma présence en dent de scie, et la fin 2016 n’a été que la confirmation de celles-ci par une évaporation quasi totale de tout temps libre disponible.

Cependant, j’ai admis, récemment, qu’une grande partie de ce temps qui m’échappe est la conséquence d’une défaillance qui m’est propre : je le laisse filer. Par fatigue, par habitude, par fainéantise (oui oui, j’ai de bons gros moments de flemme tenace) et parfois par déprime (vous savez, quand on n’a envie de rien et que chaque lendemain apparaît comme un horizon lointain). Beaucoup moins par obligation.

Je ne parle toujours pas des impondérables. Mais de tout le reste du temps. Celui qu’on passe à scroller sur son téléphone, à jouer de la sérendipité sur google (enfin, Qwant désormais pour moi), à zapper sur des outils numériques assez creux au final puisqu’il est bien rare que j’en retire quelque chose capable de me donner l’illusion d’avoir été productive. Le plus souvent, je regrette d’avoir passé l’heure et demie de liberté dont je dispose parfois en après-midi à ne rien faire d’autre que m’abrutir sur mes gadgets.

Je rejoins un peu mes articles sur la diète numérique. Même si, ici, je cherche à aller plus loin. Car cela ne concerne pas seulement l’addiction consumériste au contenu web.

Une nouvelle mode est en train de naître. À l’instar de celle du Zéro Déchet. Je dis mode, parce que les sociétés de marketing n’ont pas tardé à se l’approprier pour en faire un consommable, une fois encore, et cher. Souvent. Attention, je ne dis pas qu’il n’y a rien à garder, mais comme pour le green, il convient d’être vigilant avec le minimalist washing, le zero waste washing ou, en l’occurrence, le slow washing. Oui, tout ceci respire fort le néologisme, mais c’est un peu l’impression que j’en ai.

La tendance « zéro déchet » est devenu… tendance, trendy, hype, hipster etc. Et par conséquent, on trouve facilement désormais un commerce très lucratif surfant sur la vague. Je le disais déjà, ce n’est pas nécessairement un mal. Mais selon moi, c’est un travers un peu trop glissant.

De même pour le minimalisme. Alors que l’idée est de vivre avec moins, on commence en général par nous vendre du rêve avec des objets hors de prix mais… wait for it… minimalistes. Euh… oui, mais non. Ce n’est pas le but. S’il est nécessaire, comme pour le zéro déchet, de s’équiper un peu (et surtout mieux) quand on commence avec rien (du style : beaucoup de jetable, peu de durable dans son intérieur), le minimalisme ne suppose pas du tout de revoir toute sa décoration pour faire minimaliste.

Pas moins pour la tendance « slow ». Si vous faites un peu attention, on voit ce terme fleurir partout. Outre le fait qu’il fasse certainement bondir d’horreur les Zorro de la langue française, il se greffe un peu partout : slow cosmétique, slow food, slow life, slow déco (que je découvre)… Dans l’esprit, c’est plutôt sympa. On veut mettre sous ce terme générique tout ce qui semble plus durable, plus cohérent avec un mode de vie reconnecté à des valeurs positives souvent attachées au vivant et à la nature. En soit… c’est bien. Mais une fois encore, cela devient trop.

En quoi réellement, je considère (on peut ne pas être d’accord) que c’est trop ?

Parce qu’il y a désormais surabondance de sources. Très bien au contraire me direz-vous ! Oui, si on considère la diversité des sources comme utiles à la confrontation d’idées. Or, en l’espèce, ça ne fonctionne pas. Il y a une véritable autosatisfaction et autopersuasion dans tous ces phénomènes dès lors qu’ils prennent une ampleur dépassant la prise de conscience individuelle. J’entends par là qu’une forme de surenchère peut être préjudiciable à l’esprit même de ces tendances qui ont pourtant comme oriflamme : « Less is more ».

Sous couvert de publicité, de diffusion, de partage, il y a une captation d’attention qui me semble redoutable dans le détournement de sens. Je parle de mon expérience. Je suis fascinée par le minimalisme personnel. J’ai commencé l’expérience zéro déchet il y a 3 ans (avec plus ou moins de succès, mais des succès durables et un apprentissage continu). J’ai pris une nouvelle résolution récente qui est celle de vivre sur tous les plans plus lentement.

Mais en allant dans ce sens, j’ai du faire un constat : je suis beaucoup trop prise dans le flux informationnel. Mon attention est littéralement vampirisée par tous les contenus disponibles. Or, ils sont souvent redondants, sans valeur ajoutée réelle. Et c’est bien le problème du bruit de fond constant des médias disponibles (qu’il s’agisse de sites webs, blogs, radios, émissions…) quand on n’éteint jamais les flux. Ils sont tellement nombreux qu’ils doivent en permanence s’agiter pour se démarquer. Et, ce faisant, retomber assez facilement dans le travers de notre économie libérale : le gain d’audience par la compétition à moindre coût. Et je me suis rendue rapidement compte que je devenais méfiante à l’égard de toutes les propositions positives en me demandant ce qu’ils ont à gagner avant de m’interroger sur la qualité de celles-ci. Je ne condamne pas les gains, tout le monde doit remplir le frigo, mais je regrette cette constance dans la méfiance. Alors même qu’au début je me trouvais plutôt confiante.

Je ne regrette pas m’être dirigé vers le zéro déchet. Diminuer les déchets à la source, c’est un vrai bien. Mais je n’ai pas besoin de tout le brouhaha qui se développe autour.

Je suis toujours attiré par le minimalisme. Mais celui-ci doit me correspondre. Pas à de nouveaux standards validés par… qui d’ailleurs ?

Je suis enfin convaincue qu’il est urgent de ralentir. De se poser. Et que tout cela va ensemble. C’est une démarche globale. En réduisant les déchets, on réduit mécaniquement ses biens, et on tend sans souffrance vers un minimalisme d’usage. Celui-ci permet de dégager du temps et ce de façon substantielle. Un temps précieux qu’il convient de ne pas laisser s’évaporer.

Tout ceci rejoint assez logiquement la démarche initiée, puisque je le soulignais déjà dans mes articles « Diète numérique ». Je m’efforce autant que possible de ralentir mes gestes, de ne plus chercher à courir quand je ne peux pas rattraper le train, mais attendre le prochain en préparant le trajet (attention, à ne pas prendre au sens premier, ceci est une métaphore 😀 même si, parfois, on n’a pas le choix :x)… Je respire naturellement plus lentement que la moyenne, comme me l’avait fait remarquer une prof de sport au collège. J’inspire et j’expire plus longuement. C’est excellent pour la récupération (et pour les contractions, je vous assure, c’était très utile !), mais si on se concentre dessus suffisamment, c’est même un facteur d’apaisement majeur. En somme, j’ai décidé de me laisser conduire par le rythme de ma respiration. J’ai un tempérament assez explosif. Quand je sature d’une chose… ça fait boum. Et j’ai beaucoup de raisons de saturer, actuellement. Aussi, prendre le temps de respirer, dans tous les sens du terme, c’est prendre du recul sur les choses.

La conclusion de ce long post, c’est que le plus difficile dans toute prise de virage, c’est de ne pas perdre le contrôle. Soit parce qu’on n’a pas vérifié sa capacité à freiner, soit parce qu’on a mal jugé du degré d’attaque, soit parce qu’on n’a pas fait attention aux obstacles rencontrés.

Ralentir, c’est toujours la meilleure solution. Je me répète (sans doute à outrance) : les révolutions les plus durables sont souvent les plus lentes. Quelle qu’en soit l’échelle.

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