Diète numérique (2)

Bureau - copie

Comme annoncé par ici, j’ai entamé une diète numérique. Qu’on s’entende bien tout de suite, pas question de lâcher l’affaire avec mes quelques geekeries tenaces et mon appréciation de l’outil. Cette diète se veut être une simple extension virtualisée de ma volonté d’être moins dépendante des possessions. Il va falloir expliquer cette idée, et j’espère parvenir à le faire à mesure où je vais exposer mes pratiques nouvelles à l’égard de mes usages numériques.

Je faisais état dans mon dernier billet du sentiment de voir mes capacités de concentration complètement cannibalisées par l’attraction de l’afflux massif d’informations. Le savoir, qu’il soit utile ou non, est tellement accessible que ça en est étourdissant. S’il ne s’agissait que de « savoir utile »… cela pourrait encore éventuellement passer. Mais, admettons-le, nous passons énormément de temps sur internet à « surfer » sans but véritable, sans accomplissement ou simplement pour passer le temps/se donner l’impression d’avoir une occupation .

Je vais tâcher de présenter le cheminement que j’ai suivi et que je poursuis dans l’espoir de parvenir à un équilibre qui me convienne.

  1. La prise de conscience : non, ce n’est pas la naissance de mon premier fils qui m’a fait réaliser que mes capacités de concentration, de mémorisation et d’attention sont affectées par ma consommation virtuelle. À l’évidence, j’ai fini par admettre plus encore ce défaut dès lors que le petit être vampire d’attention a commencé à réclamer sa part du gâteau. Quelques indices ont fini par m’interpeller :
    • la diminution rapide de ma capacité à lire en continu, en particulier s’agissant des livres alors que j’ai été une lectrice avide ;
    • le papillonnage ou le besoin d’aller voir ailleurs « juste le temps d’une seconde » ;
    • le contrôle régulier, même en cours de lecture d’un article, de mes onglets ouverts sur mes pages de médias sociaux (qui sont toujours les premiers ouverts) ;
    • le rafraîchissement des pages à intervalles réguliers et rapprochés ;
  2. Les premières mesures :
    • ne pas allumer mon ordinateur dès le réveil. Oui, je le faisais. Il est désormais plus souvent éteint qu’allumé. Et cela change tout, parce que je cherche souvent une solution avant de me résoudre à allumer l’ordinateur pour avoir une réponse.
    • poser autant que possible mon téléphone portable en un lieu qui m’oblige à bouger à chaque fois que j’en ai besoin.
    • activer le mode sans notifications dès que j’entame une activité qui demande une certaine dose d’attention.

À partir de là, j’ai essayé d’évaluer si c’était suffisant pour entamer un nouveau rapport aux outils.

C’est un bon point de départ. Cela n’a pas résolu du jour au lendemain le besoin assez compulsif de consulter sans raison les flux auxquels je suis abonnée. Il a fallu que j’équilibre avec une rigueur nouvelle que j’associe à mes efforts allant dans le sens d’une simplification de vie. Plutôt que de combler mes petits moments d’absence d’activité intense par un regard sur mes outils numériques, j’ai transféré l’urgence sur les petites tâches que je repoussais toujours : parce que peu urgentes, peu gênantes, simples à gérer etc… Vous savez ? Ces petites tâches qui s’accumulent, qui trainent dans le coin de la tête comme un truc à faire, qui ne prend sans doute pas plus de 2-3 minutes à exécuter et qui, pour cette raison, sont repoussées aux calendes grecques (taille d’un bras d’orchidée défleuri, changement de piles d’un jouet, tri du courrier qui traine, vider l’évier des trois trucs à laver, mettre un cadre au mur, descendre les 3 bouteilles au conteneur etc…).

Au bilan : beaucoup de petites choses qui trainaient sont résolues et… cela libère encore plus de temps, puisque les minutes de traitement qui s’accumulaient finissent par s’envoler. En réduisant un acte peu productif (scroller et rafraîchir sans fin des fils d’actualité sans nouveautés) pour le remplacer par une succession de petites actions utiles… je me suis libérer beaucoup de temps qui ne se comble pas à mesure où je me tiens à la règle : si cela peut être fait tout de suite, je ne le repousse pas à plus tard.

Le risque ? Combler ce temps nouvellement retrouvé par un retour au numérique. Sauf qu’il faut désormais compter avec autre chose : les plages de temps sont plus longues dès lors qu’on décide de les cumuler entre elle. Car, quand arrive le soir, il ne reste plus rien de fondamental à faire. La question revient : comment gérer ce nouveau temps libre, sachant que l’ordinateur est un outil à part entière d’activité et de découvertes (lectures, blog, recherches, réservations etc…) ?

Mon choix est simple : maintenir la déconnexion et chercher à renforcer mes moyens de résister au maelstrom de l’abrutissement vain. Pour cela, j’ai mis en place quelques outils, à commencer par la création d’une session utilisateur minimaliste sur mon ordinateur. Cela se résume à :

  • un bureau sans icône ;
  • un accès rapide à des outils limités au strict minimum : traitement de texte allégé, logiciel d’écriture, navigateur web configuré au plus simple ;
  • absence des réseaux sociaux et de toute notifications ouvertes dans cette session.
  • une adresse mail dédiée à l’inscription à des sites utiles, maintenue en mode « zero inbox ».

C’est un pur espace de travail et de concentration sur la lecture et l’écriture. Si je suis vraiment faible, il me suffit de revenir à la session principale, mais jusqu’à présent, cela ne m’est pas arrivé.

J’avoue beaucoup apprécier cette nouvelle session quand l’envie me prend de consacrer du temps sur mon ordinateur. Parce qu’entre autres ambitions retrouvées, en allégeant mon rapport au numérique, c’est bien l’écriture et renouer avec la légèreté d’esprit dont je disposais avant de me noyer dans l’univers tourbillonnant de l’information à outrance. Je retrouve progressivement goût à l’analyse poussée, à la lecture suivie et continue. Et cela ouvre un champ des possibles infini : ma liste de lecture s’alourdit, la perspective de devoir trouver du temps ne me paraît plus improbable (tout comme l’excuse « je n’ai pas eu le temps », alors que je tuais surtout ce temps dans une activité stérile), l’envie de m’abrutir sur des flux sans valeur ajoutée s’amenuise progressivement…

En conclusion, il s’agit bien d’une diète numérique. Je suis toujours intéressée pour l’outil informatique, je ne l’exclus pas de la décroissance qui me fait du charme, je l’associe même à une meilleure expérience de cette décroissance dès lors qu’on apprend à en faire un usage utile plutôt qu’un usage simplement d »entertainement » (notons que j’ai encore quelques plaisirs coupables… mais ils s’amoindrissent ^^).

Gain véritable : je suis plus disponible pour ce qui importe vraiment. Comme l’attention que je dois à mon fils premier du nom, l’enfant à venir, et mon cher et tendre. Cela peut paraître un peu con, mais en réalité, répondre tout de suite, sans avoir les yeux rivés sur un appareil numérique, ça donne une autre perspective aux relations. À l’égard d’un enfant, c’est aussi un enseignement : outre le fait qu’il n’associe plus l’objet à l’importance que lui accorde sa mère, il sait pouvoir compter sur son écoute.

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3 réflexions sur “Diète numérique (2)

  1. ben oui…et je me sens toute bête avec mon téléphone autour du cou et ma tablette en guise de tabouret…bon,essayons de mettre tout cela sur la plus haute branche du chêne et voyons ce qui se passe!!après tout,d’après ce que tu nous dis,il semble y avoir beaucoup d’avantages au…sans!!!!

    1. J’ai eu un retour intéressant sur un gros réseau social où je disais à la volée que je songeais furieusement à le lâcher. Je ne pensais pas avoir autant de réactions donnant un argumentaire assez complet quant à l’opportunité ou non de rester sur un réseau, et notre rapport finalement à cet outillage.

      Je pensais en faire un nouvel article (jamais 2 sans 3), d’autant plus que ma situation actuelle me laisse entrevoir la difficulté réelle de se faire tabula rasa sur ces liens virtuels qui utilisent des canaux parfois envahissant. Le téléphone autour du cou et la tablette en guise de tabouret, ça peut aussi être pour le tout à chacun un fil d’Ariane, si on sait ne pas en abuser. En abolir l’usage n’était pas à l’origine de ma réflexion sur une « diète numérique ». Peut-être cela y conduira-t-il à terme, à mesure où j’y trouve un confort et un équilibre éprouvé. Mais je le perçois surtout comme n’importe quelle autre diète : un moyen de faire la paix avec ses usages. Parce qu’il me semble avoir à un moment abusé de la chose. Et les extrèmes… j’aime pas ça :D.

      1. oui,le fil d’ariane…Je ne suis vraiment pas prête à le lâcher.Mais rester dans la mesure,se sentir …libre par rapport à ces technologies,bien faire attention à n’y impliquer que soi,c’est…un devoir.

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