Diète numérique (1)

Diète-numériqueCela fait quelque temps que ce sujet me taraude. Je me documente beaucoup, et comme souvent, ce faisant, je me perds en pérégrinations plus ou moins extensives vers des sujets reliés. On ne se refait pas !

Que cela aille de la sécurité numérique individuelle à la dégooglisation  portée par Framasoft et la culture du libre, de l’épure numérique dans son espace virtuel à la déconnexion prolongée.

Avertissement : premier article d’un ensemble indéfini sur le sujet. Il pose les raisons intimes de cette « diète numérique » en choisissant pour cela un angle assez personnel. Comprendre : cela peut être pénible à lire. L’article qui suivra posera ce que je mets en place progressivement pour parvenir à un nouvel équilibre. C’est indirectement lié au thème de ce blog. Mais ça l’est quand même :).

Je « travaille » sous un environnement Mac depuis des années. À l’époque où j’ai débuté, ce n’était pas tant l’affirmation d’une préférence qu’un choix lié à une condition unique : la durée de vie de la batterie. La bibliothèque de ma faculté de droit n’était pas encore équipée en prises électriques multiples. Dès lors, les rares tables à proximité de la denrée rare étaient très prisées.

J’ai rapidement eu l’intuition de l’importance de commencer à travailler avec l’outil informatique pour soutenir mes études, même si ce n’était pas véritablement la priorité de l’université à l’époque (considérant la pauvreté de la salle informatique). Oui, je suis aussi vieille que ça. On en était aux balbutiements de la démocratisation des internets (le gazouillis joli des premiers modems, l’arrivée triomphante de l’ADSL, les premiers abonnements illimités…) et des ordinateurs individuels.

Trainant avec moi les 2 premières années un gros ordinateur fixe tournant sous Windows (l’écran cathodique était charmant…), j’ai opté, après un nombre de plantages et de réparations onéreuses bien trop nombreuses, pour un portable acheté avec mes économies de job d’été, afin de simplifier mes déplacements et toujours avoir mon support d’études. La seule exigence réelle de l’époque : la durée de la batterie à l’usage.

Or, à l’époque, l’ibook G3 était celui qui proposait la meilleure performance. À ce niveau. Pour le reste, j’étais une n00b, je n’aurais pas vraiment osé dire que c’était le truc à avoir (et aujourd’hui toujours pas d’ailleurs). L’avantage, c’est qu’il n’y avait pas d’accès libre à internet à la bibliothèque, pas encore de wifi ouvert pouvant peser sur la batterie. Par conséquent, en déplacement, l’ordinateur était un VRAI outil de travail. Simple support de traitement de texte permettant de prendre des notes et de les organiser. La seule chose qui manquait était un moyen de numériser sur place. J’avais bien le scanner à la maison (geek je vous dis), mais l’absurdité de l’obligation de faire des palanquées de photocopies pour ensuite tout scanner m’a assez souvent fait préférer le tri par classeurs dans des étagères que virtualisées sur mon bureau. Je me contentais de faire des fichiers référençant les documents utiles.

On rejoint ici finalement ce qui participe en partie à mon envie aujourd’hui d’une approche différente du numérique dans ma vie, en parallèle des changements que j’opère sur mon environnement physique. L’ordinateur est progressivement devenu un outil de désencombrement physique.

Les étagères se sont allégées. Les photocopies ont fini par disparaître au profit de scans et documents virtuels aisément accessibles en ligne. Une sorte d’accumulation frénétique de documents, plus ou moins bien triés, s’est accélérée à mesure de mon enfouissement dans une certaine fascination pour l’outil qui progressait à une vitesse folle. Qu’il s’agisse des moyens de stockage, des vitesses de transferts… bref… une belle mécanique qui s’emballe dans laquelle je me suis engouffrée avec une certaine déraison. Je me suis rapidement trouvée avec des quantités de documentations invraisemblables sur mon disque dur interne, sur des disques durs externes, des clefs… . Qu’il s’agisse de photos, de musiques, de livres en multiples formats, de documentation technique, de rapports, de papiers plus ou moins importants… tout ceci dans un grand bordel informatique qui a fini par rapidement endormir ma vigilance quant à son organisation. À tel point… que je ne savais plus même ce que je possédais. J’ai passé beaucoup de temps à chercher des outils, des moyens de trier, classer, organiser, faisant et défaisant à l’envie…

Est-ce qu’on ne retrouve pas là un tropisme assez similaire à celui de l’accumulation de biens de consommation à mesure où les offres s’amplifient et les moyens de compenser les inconvénients probables (accessoires de rangement, d’organisation etc…) se multiplient ?

Mon ordinateur, dans sa compacité progressive, a fini par devenir mon bordel en condensé. Alors que j’ai toujours cherché à organiser ma vie autour d’un certain équilibre d’ordre réfléchi… cet outil qui a pris une place privilégiée dans ma vie a fini par devenir le mouton noir de mon espace vie. Avec les travers que cela entraîne : beaucoup de temps dessus à procrastiner en pensant avancer rapidement sur mes projets, beaucoup de temps à passer d’un média à l’autre, à zapper, à cliquer de liens en liens, me nourrissant avidement tout en me détournant d’une chose qui me fascinait pourtant : la mémoire. Mon ordinateur était devenu mon outil de mémoire. Pourquoi retenir l’information qui est accessible aisément ou avec un moindre effort ? Et finalement, par extension, c’était aussi ma capacité à me concentrer réellement qui s’étiolait. Puisque j’adoptais l’automatisme assez immédiat de chercher une réponse en me posant devant l’ordinateur (et progressivement en sortant mon téléphone portable… mais c’est encore une autre histoire).

J’en ressens encore les séquelles. J’ai été une grande lectrice. Aujourd’hui, je peine à finir un livre. Je lis toujours. Mais des articles essentiellement. Un livre peut me faire des mois. Le fait d’être maman ne justifie pas tout. Si la fatigue aide à ne pas être capable de rester éveillée trop longtemps sur des pages ouvertes, il faut admettre qu’il est plus facile de lire en diagonal un article ou de scroller sur des pages de news pour se donner l’impression de ne pas se déconnecter complètement d’un travail intellectuel qui m’a toujours été nécessaire.

En d’autres termes, j’en suis arrivée à un point où il me faut repenser mon rapport à l’outil. Le constat de débordement n’a pas été évident. Et, oui, une fois encore, on peut le dire, l’arrivée d’un p’tit bouchon dans ma vie a été un déclencheur. On revoit ses priorités et ses besoins quand on n’est plus seulement dépendant de ses propres exigences. Parce qu’il faut bien parler de dépendance quand on se découvre l’envie d’assurer à cette petite vie naissante le meilleur, un environnement sain, rassurant et de prendre un plaisir déculpabilisé à se nourrir des expériences qui ne sont pas les siennes propres. On voit le monde sous un autre angle. Quitte à ce que le dire soit perçu comme un horrible cliché. S’il peut arriver que le bouleversement se fasse en sens inverse, avec le sentiment d’étouffer sous une responsabilité qui nous ôte toute essence vitale pouvant conduire à estimer faire un sacrifice dans le fait d’élever un petit être nouveau… ce n’est pas la conclusion à laquelle je suis parvenue, me concernant, après avoir passé une phase d’adaptation difficile. Car le bouleversement est réel.

Le rapport entre la choucroute et la saucisse, c’est que j’ai entamé une diète numérique. Par la force des choses, au départ. Désormais parce que j’ai à nouveau envie d’accomplir des choses sans être noyée sous un flux constant et parasite. Et que le désencombrement mis en place dans mes habitudes de vie ne peut que s’étendre logiquement à un espace virtualisé chronophage.

Il ne me semblait pas important d’inclure cette « quête » personnelle dans un blog traitant du zéro déchet, du désencombrement, d’un retour à un mode de vie plus sain déchargé des abus de la société de consommation… et pourtant, à mesure où je progresse dans mon espace virtuel, j’en viens à la conclusion que c’est parfaitement similaire et reproductible.

Ce n’est pas un abandon. C’est une diète. Comme pour le zéro déchet, j’inscris une démarche progressive et flexible, répondant à des besoins définis et évolutifs, mais tendant tous vers une chose : « me libérer du temps de cerveau disponible » pour ce qui m’importe réellement (et non pour de la publicité ou de l’abrutissement en masse, monsieur Le Lay.)

To continue… (si vous en avez le courage ! :D)

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3 réflexions sur “Diète numérique (1)

  1. C’est marrant… Moi ça doit, au contraire, être la chose la plus rangée chez moi :). Je sais quasiment toujours où se trouve un document sur mon PC ! (Et je n’en garde que très peu au final…)

    1. J’ai progressé, à mesure où j’ai trouvé des outils adaptés. Mais il faut admettre que le jour où j’ai eu à nettoyer mon avant-dernier portable pour faire le transfert sur le neuf, j’ai été effarée du nombre de trucs dont je n’avais plus même souvenir (ce qui donne bien une idée de l’importance des documents conservés…). La problématique principale aujourd’hui, c’est surtout le côté chronophage. Car niveau rangement… j’ai progressé (sauf question photo, mais là, je blâme un peu le logiciel propriétaire de Mac… même si j’aurais pu chercher autre chose dès le départ).

  2. eh bé,si,du haut de mon chêne,bien venté aujourd’hui,j’attends la suite:me libérer du temps de cerveau disponible.wouah!qui t’aime,te suive!je pense que tu as entendu toutes ces voix qui te disent,HEEEELP!!!!c’est donc que tu es déjà quelque part,hors connexion et que tu écoutes.Vas y,on attend,on t’écoute.:-)

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