Ces petites tentations…

tentationSe lancer dans une démarche zéro déchet peut parfois sembler être une évidence si on met bout à bout les raisons nous poussant à envisager le passage à l’acte. Diminuer son impact, alléger sa poubelle pour alléger sa vie et son esprit, penser au futur en préservant l’environnement, faire des économies substantielles… autant de bonnes raisons de ne pas reculer devant l’effort à fournir.

Car effort à fournir, il y a. À la lecture parfois de certains blogs, articles ou présentations sur le sujet, j’ai un ressenti latent qui me chagrine le cervelet. Cette impression persistante que la transition est aussi simple qu’elle paraît être évidente. Or, tout le monde en conviendra, la bonne volonté n’est parfois pas suffisante pour surmonter les difficultés de natures diverses et variées qui peuvent se présenter. Il y a plein de raisons plus ou moins discutables, plus ou moins valables, plus ou moins justifiables qui se dressent sur le chemin de celui ou celle qui désire engager son chemin de vie dans une voie toute différente de celle dominante qu’on connaît aujourd’hui dans nos pays occidentaux (essentiellement) et industrialisés à outrance.

Cependant, de là à dire que c’est un parcours du combattant, une lutte de chaque instant, un effort trop important pour concilier ambition et réalité imposée… il ne faut rien exagérer. Donner de la valeur au bon sens, ça ne coûte pas plus d’un demi-neurone (soit l’équivalent de ce que possède une femme enceinte n’ayant pas encore mangé :D) en marche posée.

Mais ! Car il faut toujours un mais (sinon ce n’est pas drôle)… je dois avouer parfois lutter avec de petites tentations. Légers travers de collectionneuse aigüe ou de nostalgique romantique attachée au symbolisme de l’objet. Quand on donne de la valeur aux objets qui ont pris de l’âge avec nous (même les plus ridicules babioles), quand on caresse du bout du doigt une collection première édition d’une bande dessinée très appréciée qui trône dans une étagère plus que fournie (plaie sans nom en cas de déménagement…) en frissonnant de plaisir à l’idée d’une relecture, quand on s’extasie devant des objets liés à un mouvement décoratif et que l’envie soudaine de commencer une nouvelle collection vient nous chatouiller l’arrière du crâne… il faut se rendre à l’évidence : il n’est pas toujours facile de lutter contre les petites tentations.

L’accumulation coupable n’est pas loin quand on cède une première fois.

J’ai eu une passion pour les t-shirts à thème, vendu en édition limitée sur 24h. Principe de vente terriblement intelligent en créant un désir qu’il faut satisfaire rapidement au risque sinon de manquer une occasion. C’est aussi intelligent que pervers, dans la mesure où il s’agit ni plus ni moins que créer un manque fictif.

J’aime posséder mes bande-dessinées même si certaines n’ont peut-être jamais été relues.

J’ai un hobby facilement générateur de bordel, d’attrape-poussière et susceptibles de produire un certain nombre de déchets.

J’ai une tendance assez prononcée à toujours vouloir aller mettre le nez dans la boutique du musée ou de l’exposition que j’ai visité. Ce qui n’est pas sans provoquer l’envie soudaine d’un souvenir qui finira probablement par trôner dans un coin. Au départ, fier (et pédant) étalon d’un étalage de culture. Au final… simple objet oublié qui n’est jamais à la hauteur de la visite effectuée.

Ce ne sont que des exemples, mais c’est assez symptomatique finalement d’une tendance à l’accumulation rassurante liée à cette tendance ultra productiviste encouragée par notre société dans la promotion d’une consommation aliénante. Je suis assez fascinée par le mouvement minimaliste, et la capacité de ceux qui l’embrasse pleinement à revendiquer la simplicité finale de ne posséder que peu. Le message qui en ressort est en général celui d’un gain de liberté absolu, d’un retour aux sources, d’un détachement concret de ce matérialisme étouffant qui rend tout retour en arrière plutôt difficile à envisager.

C’est aussi pourquoi je parle de tentations. Car, si je suis loin d’être minimaliste et que je considère encore que chacun donne la valeur qu’il souhaite à ses possessions, je ne cède plus comme avant aux sirènes de la consommation. Pour cela, il m’a fallu adopter quelques règles, au départ de rigueur, désormais d’habitude.

  • Ne rien acheter sur l’instant (et qui soit imprévu) ;
  • Laisser s’écouler un délai raisonnable (propre à chacun) entre l’envie et la décision ;
  • Etablir des listes de besoins, et leurs priorités (c’est très instructif, et on se rend compte que la notion de priorité est parfois très galvaudée, dans notre propre esprit) ;
  • S’assurer du besoin réel auquel est supposé renvoyer l’envie ;
  • Ne jamais acheter « au cas où » quand il ne s’agit pas d’une précaution utile (aka : difficulté à se procurer la chose, traitement médical précis, prudence liée à un besoin constant et répété etc…) ;
  • S’accorder le temps de faire un bilan sincère quant à la nature de l’envie. Car il ne s’agit pas de devenir obtus quant à l’acte même de « se faire plaisir ».

Au final ?

Je n’achète plus d’objets dans les boutiques des musées ou lieux que je visite, mais passe néanmoins toujours par le magasin.

Je n’achète plus de t-shirts juste parce que je les trouve jolis ou que le thème est une référence que j’apprécie. Je prends le temps d’évaluer si oui, ou non, j’en ai besoin. Il m’arrive par conséquent de passer à côté de certains… mais jusqu’à présent, je n’ai jamais regretté un design, passée la première frustration.

Je n’achète plus de bande-dessinées uniquement pour compléter une collection et parce qu’elle vient de sortir (sauf les « Notes » de Boulet… je l’admets :x) sans avoir le temps de les lire, mais parce que j’ai envie de m’offrir une bande-dessinée à un moment T.  La quantité a diminué de façon drastique. Mais je n’ai plus d’étagère sur laquelle je pourrais mettre « regrets » dessus. J’ai fait des erreurs de lecture, regrettant a posteriori l’achat de la bande-dessinée. Ces erreurs se sont transformés en don. Et je ne regrette pas un seul de ces dons :D.

Je n’achète plus de choses liés à mon hobby. À commencer par les figurines. Parce qu’il faut admettre que la donnée principale manquante pour profiter pleinement de ce hobby, le temps, ne va pas s’améliorer dans l’immédiat. Dès lors… ok. Je suis en train de me mentir. Il est probable que j’achète sous peu une figurine, bien que j’en ai plus d’une sous le coude. Mais entre le soutien à une artiste qui lance son site et la qualité de la figurine… j’admets que je vais me « faire plaisir ». On ne juge pas !

Et vous ? Comment luttez vous contre ces petites tentations ?

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