Une histoire de « déchets »

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Je profite de l’actualité pour revenir sur une expérience qui m’a convaincue de ne plus passer à côté du ramassage des encombrants de ma ville sans jeter un regard curieux et intéressé sur ce qui est voué à la benne.

Le service de ramassage des déchets de ma ville étant en grève, j’ai quelque peu suivi les informations intéressants le sujet. Et les commentaires liés. Wow… la réalité à l’égard de la perception des déchets peut revenir en force, alors que je suis baignée, par mes lectures, dans un état d’esprit positif qui est de prendre le problème sous l’angle de la diminution réaliste plutôt que du simple escamotage visuel et intellectuel.

Plutôt que de réaliser qu’il y a un vrai problème au niveau de la production des déchets, un grand nombre de commentaires semblent blâmer les grévistes, sans tenir compte de leurs revendications, et trouver honteux qu’on laisse leur environnement se dégrader aussi vite.

Comme si la production de déchets et leur amoncellement relevait du travail des éboueurs.

Est-ce qu’il ne serait pas préférable d’admettre que ces gens font un travail méprisé, alors que fondamentalement utile, pour un salaire souvent médiocre et dans des conditions que beaucoup n’envisageraient pas au quotidien ? De même que la production de déchets relève essentiellement de son mode de vie personnelle et de sa perception réelle quant à la notion de déchet ?

Pour moi, la réponse est toute trouvée. Mais à lire les commentaires, et finalement les articles sur le sujet à une échelle nationale, réduire les déchets, si c’est un « trending topic » dans certains milieux, ça n’est semble-t-il pas un horizon convaincant pour beaucoup. De là à dire que le confort individuel prévaut au confort collectif… il n’y a pas grand effort à faire, à croire même qu’on caresse là une lapalissade éculée. Je disais déjà qu’en général la poubelle est perçue comme un joli réceptacle permettant de faire disparaître le déchet. Hop, dans la poubelle, hop, sur le trottoir… fini le déchet, c’est tout propre chez moi.

Mais quand la poubelle demeure sur le trottoir, ça devient honteux. Alors que, finalement, celui qui a mis la poubelle sur le trottoir, c’est l’usager (oui, le ramassage des ordures est un service public).

J’en viens aux encombrants. Ce grand déballage de la vie passée de quelques objets du quotidien qui ne satisfont plus leurs propriétaire qui, chaque mois, revient hanter nos rues. En l’occurrence, les déchets sont visuellement plus choquants que le conteneur gros de nos sacs hermétiquement fermés sur des biens dégradés ou en voie de décomposition (quand ça ne va pas au compost… ou qu’on n’a pas encore de compost T____T). Heureusement que le camion passe le lendemain, après le dépôt le soir, on n’en profite pas trop longtemps, hein !

Sauf quand il y a une grève.

Que faire alors des 4 étagères à la couleur vaguement passée et posées sur le trottoir, à côté du fauteuil légèrement pelé et des cartons de la dernière télévision achetée pour l’Euro ? Des jouets des enfants qui ont connu de meilleurs jours mais qui, avec un peu d’huile de coude, pourraient encore servir parce que fait dans une matière aussi durable que le plastique ?

Et s’il n’y avait que ça :

  • les sacs entiers d’affaires démodées ou trop justes, parfois usées ;
  • les cartons non pliés pour entrer dans la poubelle de tri (oui oui, il est possible de mettre ses cartons d’emballages dans une poubelle de tri dès lors qu’ils sont pliés ou découpés. Question de bon sens.) et qui prennent l’eau jusqu’à se décomposer (facilitant certainement le travail des employés de ramassage)
  • les factures et papiers devenus obsolètes, dans leurs boites de rangement. Outre le fait qu’un petit recyclage est à la portée de tous, laisser des documents personnels à la vue de tous… je ne sais pas… je dois avoir un petit côté parano…
  • du matériel informatique qui devrait être trié et emmené dans un centre de retraitement adapté…

C’est à la limite de l’obscène. Toute pudeur disparue, pour quelques heures, les vies s’exposent jusqu’à l’arrivée salvatrice du camion.

Sauf quand il y a une grève.

Tout ceci pour dire qu’aux prochains dépôts d’encombrants, ne passez pas simplement à côté en regardant pudiquement ailleurs. Il y a des trésors parfois. Je regarde désormais toujours. Si je suis dans une optique de diminution des biens en ma possession, c’est sans déplaisir que j’ai sauvé de la décharge un ensemble de maxi blocks, clipos et gros legos qui aujourd’hui font le bonheur de mon fils pour « construire des tours très très hautes » ou servir de support à l’élaboration d’un toboggan à voiture pour son circuit en bois. De même que les jouets d’éveil qui ont rejoint la collection de ma ludothèque de quartier plutôt que de remplir une benne vouée à l’enfouissement ou à l’incinération (avec tout le bien que cela fait).

Nous avons même eu le plaisir une fois de retrouver un jeu presque complet d’Heroquest (1989) avec ses extensions… le truc improbable qui a peut-être été un crève-coeur pour le trentenaire qui a fini par lâcher l’affaire  et qui a décidé de déposer la boîte aux encombrants plutôt que de s’inquiéter de savoir si une ludothèque était intéressée ou une revente possible (et pourtant… ! et ce n’est pas l’édition originale).

Ce ne sont que des exemples. Car je passe à côté de bien des meubles encore viables, mais dont je n’ai pas l’utilité ou pour lesquels je n’ai pas la capacité de stockage. Le déchet de l’autre peut être un trésor. Des groupes dédiés se forment avec des signalements d’encombrants pouvant être intéressants via réseaux sociaux. Certains partagent même leur expérience à l’égard du glanage, comme ce compte sur Instagram : @glaneur_en_folie . Certains même en font une source de revenue supplémentaire pour arrondir les fins de mois en récupérant des objets qu’ils retapent, rénovent, modernisent… et revendent. Si j’avais un endroit pour bricoler, je pense que cela pourrait m’amuser grandement.

Réduire à la source, réutiliser, recycler… il est possible de concevoir le déchet comme part négligeable de notre existence, et ce, autrement qu’en l’enfouissant dans un bac en espérant qu’on ne viendra pas nous ennuyer avec son ramassage. Les grèves d’éboueurs, plutôt que d’être une plaie, devraient être l’occasion de réaliser l’incroyable gâchis qu’on dépose avec régularité dans la rue (quand on est propre) ou dans la nature (quand on a décidé qu’on avait toujours une maman pour ramasser derrière soi).

 Êtes-vous prêts à faire les poubelles ?

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4 réflexions sur “Une histoire de « déchets »

  1. Sur le même thème, Les Glâneurs et La Glâneuse d’Agnes Varda. Le film a quelques années mais c’est exactement ce que tu décris là.
    Je l’ai vu trop jeune avec mes parents que j’ai maudit de m’y avoir emmenée (genre 12 ans) mais maintenant que je m’intéresse au sujet je le revois sous un oeil neuf 😀

  2. Bonjour
    Belle analyse et belle écriture …
    Nous regardons les encombrants différemment depuis quelques temps et nous récupérons quelques objets par ci par là. Probablement pas encore assez pour trouver des « trésors » 😉
    Au plaisir

  3. Oui, je suis prête à faire les poubelles et le fais déjà ! Il y a en effet des trésors, des meubles anciens, des objets… Pour des raisons de réduction de mes biens, moi non plus, je ne ramasse plus d’office mais il fut un temps où je ne me suis meublée que comme ça ! Et je pense en effet, recommencer à les ramasser à petites doses et à les rénover. Pour les vendre, ou bien les donner sur Donnons.org, pourquoi pas ?

    Il faut que ça circule, pas que ça finisse à la décharge !!

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