Pourquoi j’ai encore envie d’y croire.

J’ai comme une envie de partager une petite réflexion qui me turlupine depuis les événements tragiques à Paris, le 13 novembre dernier. Impossible d’écrire quoi que ce soit à propos du « zéro déchet » ou « changement de paradigme ».

Pendant certaines discussions, l’impression assez féroce qu’il ne sert à rien d’en ajouter ou d’essayer de nager à contre-courant (le monde est ainsi fait, ma pauvre dame) revient au rythme régulier d’un métronome à tempo lent. Rien de nouveau sous les tropiques, il faut croire que le monde fonctionne de manière cyclique jusque dans ses babillages d’enfant gâté qui pense avoir suffisamment d’esprit pour être détaché.

Je n’étais pas sûre de l’intérêt d’étaler ainsi un questionnement qui ne porte pas -directement- sur la question du zéro déchet, mais… suite à mon précédent post, je ne me sentais pas de sauter à nouveau dans la marmite pour choper une carotte en espérant ne pas trop me brûler alors que la soupe mijote depuis un bon moment déjà.

La problématique se pose ainsi : face à un haussement d’épaule, un ricanement désabusé, un demi-sourire désolé, des yeux levés au ciel ou pourquoi pas le retour fétide d’un pessimiste avancé qui considère que puisque le monde est perdu autant ne pas chercher à s’agiter en-dehors de son bocal scellé… que dire ? Comment défendre cette intime conviction qui fait que le sang ne fait qu’un tour ? En d’autres termes, répondre à la question du pourquoi. Pourquoi diable est-ce que je ne laisse pas tomber ?

Après tout, j’aurais toutes les raisons pour : chômage, non-reconnaissance sociale stigmatisante (exemple perso non limitatif : « mère au foyer ?… ah. »), pollution galopante, politique absurde, guerre indéfinie (dans tous les sens du terme), fermeture des frontières, changement climatique, 6ème extinction animale de masse en cours (voir le planétoscope pour quelques chiffres)…

Alors ? Pourquoi s’en faire ? Pourquoi ne pas simplement profiter de ce qui existe tant que ça existe ? Juste pour ma pomme, les autres, ils se démerdent.

Sincèrement… il y a vraiment encore des gens pour ne pas se révolter en entendant cette question ? Qui n’ont pas envie de hurler à la face de ceux qui assurent qu’il ne sert à rien d’essayer soi-même parce qu’on ne représente rien à l’échelle mondiale ? Qui n’ont pas, parfois, envie de simplement fermer la porte aux oiseaux de mauvaise augure, avides de sordide et peu désireux de relayer ce qui est bon ?

Est-ce qu’il y a vraiment des gens pour encore se satisfaire d’aussi peu ?

Rien qu’à poser la question, je n’arrive pas à concevoir. C’est rédhibitoire. Il y a un blocage fondamental. Un refus profond de l’abscons et trop séduisant nihilisme, égarement à mon sens facile… Mais je m’entends déjà dire que je ne dois rien comprendre. Alors oui… c’est un fait. Je ne comprends pas. Pire, je ne conçois pas. Sans doute parce que je suis à l’exact opposé.

Roland Jaccard, auteur de « La tentation du nihilisme », et sincère nihiliste lui-même écrit :

« À l’opposé du romantique toujours pénétré du sentiment que le monde est un tissu de sens cachés, de symboles à déchiffrer et d’indicibles mystères, le nihiliste considère que la vie est courte, brutale, insipide. » (p.65, édition Poche)

Voilà, voilà. Faut-il en dire plus ? Le mystère est levé. Et même pas cela me surprend, en réalité. Je suis une foutue romantique.

J’ai envie de croire qu’on peut choisir plutôt que simplement subir. Qu’on peut avancer, plutôt que de s’embourber. Qu’on peut refuser, plutôt que tolérer. Qu’on peut inventer, plutôt qu’imiter.

J’ai encore envie de croire parce que je ne peux pas faire autrement. Sauf à embrasser pleinement le sentiment nihiliste qui vient à considérer que la seule voie de sortie respectable réside dans le suicide personnel, ou pourquoi pas collectif.

Pourquoi ? Parce que j’aime. On ne peut pas être nihiliste et aimer réellement, profondément, sans rien attendre. Qu’il s’agisse de ma famille, qu’il s’agisse de mon fils, qu’il s’agisse des mes amis, qu’il s’agisse même des gens dans la rue… j’aime. Je me suis longtemps demandée pourquoi j’avais l’impression de passer à côté des choses, de les vivre comme s’il y avait un moi agissant et un moi regardant. Quand on est enfant, on aime, parfois à en souffrir. Puis on apprend à douter de cet amour, confrontés à ce qui nous entoure. On doute. On passe par la phase adolescente qui enterre quelque peu l’enfant sous des monceaux de questionnements trouvant rarement réponse. Puis en grandissant, au moins deux voies s’offrent à nous : on accepte de ne jamais être totalement satisfait ou on court après la recherche de la satisfaction.

Mon choix est fait, et c’est aussi la raison pour laquelle je poursuis cette nouvelle quête pleine de sens à mes yeux qui est celle de réduire mon impact, de réduire mes besoins et de profiter réellement de ce que je possède sans courir après des objectifs qui ne se justifient pas autrement que par le fait d’être des objectifs.

Alors, ça peut paraître con-con pour certains. Absurdement optimiste ou irréaliste. Aveugle peut-être.

Well… don’t care. Ce n’est pas parce que j’ai choisi d’aimer que je suis supposée avaler le mépris sans broncher. Je peux en revanche choisir de ne pas répondre au mépris par le mépris. Mon désintérêt devient flagrant quand on essaye de me convaincre qu’on est foutu, et ce, en riant. Oui, peut-être. Mais personnellement je respire très mal à essayer de faire l’autruche.

Le prochain billet concernera cet optimisme renouvelé… et donc l’objet du blog. S’il est une chose qui a bien trouvé de l’assurance après le 13 novembre, c’est que j’aime ce monde à la con pour toutes les beautés qu’il cache derrière des myriades d’horreurs. Call me crazy. En attendant, j’arrive encore à sourire. 🙂

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3 réflexions sur “Pourquoi j’ai encore envie d’y croire.

  1. Bonjour, Je vais d’abord commencer par vous dire que je suis québécoise et que d’ici, le drame que vous avez vécu était poignant et d’une tristesse infini alors je n’ose même pas imaginer ce que c’était pour votre peuple . Je ne suis pas française et pourtant j’ai pleurer, j’ai terriblement été troublé de voir ce massacre. C’est l’horreur que vous avez vécu.

    Maintenant je comprends très bien votre remise en question, il m’arrive souvent de faire pareil. Pourquoi moi je me compliquerais la vie au lieu de faire comme les autres? Ma vie serait tellement plus simple si je ne passait pas mon temps à tout repenser pour faire les meilleurs choix, si je ne me sentais pas oubliger de me justifier sans cesse et devoir argumenter avec ceux qui veulent tellement me montrer que je fais fausse route.

    Et la réponse est dans votre texte, vous dites « parce que je ne peux pas faire autrement ». C’est tout! Une fois que la prise de conscience est faite, une fois que l’on sait, on ne peut plus ignorer. Alors on continu et on garde le sourire!!!

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