Bille Holliday dirait : « Laughing at life ».

Je ne voulais pas m’exprimer plus que ça sur ce qui s’est passé hier soir à Paris. Après l’angoisse pour mes proches, le fait d’être rassurée assez rapidement de leur sécurité, le suivi frénétique des informations, l’incapacité à dormir… je me suis dit qu’il ne servait à rien pour moi de me lancer dans la toute aussi frénétique litanie de soutiens et d’engagements émus sur les réseaux. Je lui préfère le recueillement et une modeste peine silencieuse tournée vers les victimes et leur famille.

Bien sûr, cette émotion généralisée et démonstrative a une raison. Bien sûr, il est bon de se montrer solidaire dans l’événement, en particulier à l’égard des victimes et leurs familles. À l’évidence, je partage l’émotion et le besoin d’exprimer celle-ci par tous moyens, c’est certainement nécessaire et cathartique. Rien qu’à l’écrire, j’ai un pincement au coeur pour toutes ces personnes qui ont vu leur vie basculer pour quoi au juste ? Rien. Rien sinon l’embrigadement dans la haine d’individus qui n’ont vu d’autre horizon ou avenir nulle part ailleurs que dans la violence aveugle.

Pour autant, je ne souhaitais pas m’exprimer autrement qu’en pensant à eux, (non en priant), en allumant des bougies à ma fenêtre à leur attention, en montant mon sapin de noël en avance pour que chaque éclat de sa lumière soit une pensée tournée vers la célébration d’une joie, celle d’être ensemble, plutôt que d’une peine parce qu’on a besoin de célébrer la vie et non d’accuser le monde en profitant de l’occasion pour déverser sa haine de l’autre, celle qui est insidieuse, celle qui se réveille quand l’horreur frappe aux portes, celle qu’on ne parvient pas à faire taire et qui se déverse comme un flot de bile intarissable.

Maintenant, comme tout à chacun, je lis et parcours les réseaux sur lesquels je suis. Et je suis atterrée. Atterrée de voir que l’appel aux armes, l’appel à la haine, l’appel à la destruction est la réponse la plus commune. En réalité, l’appel à l’imitation, tout bonnement. Par la terreur, répondre à la terreur. Il est évident qu’on ne peut laisser faire. Il est évident qu’il est nécessaire de se défendre et protéger. Mais doit-on le faire aveuglément ??? À chaud ?? Sans plus de réflexion de fond ?

Faut-il rappeler que la situation de certains peuples, de certains pays résultent aussi de nos vies au quotidien ? Que certains souffrent parce qu’on n’accepte pas d’abdiquer une part de notre confort de pays développé pour tendre la main et partager les ressources ? Que certains meurent de faim quand on jette la nourriture sans regards ou égards ? Que beaucoup de situations inextricables dans des régions entières sont aussi la conséquence de nos actes en tant que peuple et Etat ? Qu’il n’y a pas un coupable mais des coupables ? Que des familles entières sont obligées d’essayer de trouver refuge ailleurs, bravant les éléments et les routes en se mettant en péril, eux et leurs enfants, parce que la raison des Etats tend souvent à négliger la vie simplement ?

Ce blog n’est pas un blog d’opinion. C’est un blog orienté vers un espoir, celui de contribuer à construire, par petits pas, un monde meilleur, d’inviter à espérer plutôt qu’à se lamenter, d’inviter à se questionner plutôt que d’accuser, d’inciter à vivre ensemble plutôt que les uns à côté des autres. Cela peut paraître hors de propos. Pas à mes yeux. Chaque geste compte. La prise de conscience d’une réalité simple, qui est celle de savoir que l’humanité est unique dans ses miracles comme dans ses horreurs, devrait nous conduire à nous remettre en question pour tout. On pourrait me dire en parcourant le blog, et en réponse à ce billet, que le choix de ma brosse à dent est un choix trivial.  Je répondrais que c’est un morceau d’une ambition plus grande : vivre mieux, vivre ensemble, vivre pour et avec les autres, vivre pour aujourd’hui et demain.

Alors, lire des insanités puantes de haine, qu’elles viennent des politiques ou des particuliers… c’est me tendre un bâton pour que je le brise. Je dis souvent avoir un bon fond de violence, mais bordel non. Ce qui me met réellement en rage et en colère, c’est l’ignorance et l’aveuglement, le manque de discernement et l’incapacité à douter. L’obscurantisme de tout bord, en somme. Ce qui m’oblige à le dire, à l’écrire. Si vous en appelez à la haine, je ne serai que mépris, mais cela n’ira pas plus loin. Peut-être vous tournerais-je le dos, mais je ne vous souhaiterais aucun mal. Ceux qui ont commis les actes d’hier soir sont aussi des victimes. Des victimes que j’accuse et que je blâme pour les souffrances et les douleurs absurdes dont ils sont la cause, mais des victimes tout de même. Je les condamne, mais ce n’est pas pour autant que j’aurais souhaité leur mort ou celles d’individus vaguement désignés. Sauf à vouloir me complaire également dans la solution de facilité à laquelle la colère conduit : reproduire.

Osons ne pas reproduire et ne pas entrer dans le cercle de violence aveugle. Cela demande probablement plus de courage et de retenue.

Sur ces mots, je retourne choyer ma famille, dire à mes amis que je les aime, préparer noël comme un symbole d’amour partagé et poursuivre mon cheminement vers l’avenir.

Rien que pour les faire chier, le sourire aux lèvres, bien que le coeur lourd.

Ouvrir le bocal...Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Google+
Google+
Email to someone
email

Une réflexion sur “Bille Holliday dirait : « Laughing at life ».

Remplissez le bocal d'un commentaire