Kondomania ou le petit traité du rangement ordonné

wpid-wp-1440503968972.jpegIl me faut l’avouer tout de suite : j’ai beaucoup de mal à finir le bouquin. Pour tout dire, je trouve l’engouement autour de ce bouquin un peu excessif. Ou alors c’est simplement que je n’y apprends rien de nouveau ou rien qui puisse révolutionner mon environnement en matière de rangement. Cependant, sa lecture demeure assez intéressant quand on entame une démarche globale visant à se détacher de la consommation à outrance et de l’excès en général.

Si vous cherchez une solution miracle pour votre bordel constant ou ayant tendance à revenir avec la régularité d’un métronome… le bouquin n’en offre pas véritablement. Sinon une façon assez répétitive de vous dire, sans le dire : ne soyez pas matérialiste. En soi, c’est plutôt un beau message. À l’heure où le marché des « box » de rangement ou des « pièces supplémentaires à louer » est florissant, laissant supposer que notre espace vital se ressert à mesure où notre porte-feuille s’amincit, sans qu’aucun des objets stockés ne nous soit finalement d’aucune utilité, nous rappeler que le bazar n’est souvent que le fait de notre accumulation irraisonnée… c’est peut-être salutaire.

Là où le livre ne m’est d’aucune utilité : c’est que je le savais déjà. De même que la plupart des bons conseils qui y sont donnés n’ont rien d’une nouveauté. La seule chose qui me surprend : comment se fait-il que ce livre rencontre un tel succès alors même que la plupart du temps une personne qui a le soin d’avoir un espace rangé se trouve taxé de maniaquerie (oui, je pense un peu à moi ^^) ?

Dans le livre, comme ça, on trouve :

  • pour chaque objet sa place : je le fais déjà. Or, on s’en gausse plus facilement qu’on n’admet que cela puisse être juste une façon de se simplifier la vie pour le rangement, le ménage, tout déplacement inopiné en vue de travaux etc…
  • ne pas multiplier les systèmes de rangement et préférer se délester du trop plein : quand je dis par exemple que je range mes papiers régulièrement, on me rétorque souvent que je dois y passer du temps. Non, car je ne fais que trier pour ne conserver que l’essentiel. Le travail initial est long, si on n’a jamais pris la peine de jeter les papiers administratifs qui n’ont plus aucune utilité. Pour info, on trouve sur le site « Service public », la liste des papiers utilies à conserver et la durée utile de leur conservation. Le temps que j’y passe est de l’ordre de 5 à 15 minutes par mois, voire tous les deux mois. C’est beaucoup n’est-ce pas ? Et cela vaut pour tout.
  • oublier le « au cas où » : autant je n’aime pas être prise au dépourvu, autant il arrive un moment où un objet qui a pris la poussière n’est plus une sécurité mais un encombrement. D’autant plus que la plupart du temps, on a oublié le posséder (ou on ne l’a pas quand on en a besoin)… et on en achète un autre. Les « occazous » s’accumulent tout en perdant leur raison d’être…

Sincèrement, ce livre m’a ennuyé. Il y a bien quelques approches qui surprennent (mais que je trouve aussi extrêmes que parfaitement inutiles dans mon cas), mais en 250 pages, il y a beaucoup de redites reposant sur l’idée simple que pour ne pas vivre dans un bazar permanent il suffit de faire le vide afin d’enfin s’approprier l’espace.

J’ai déjà parlé de ma façon de percevoir le rangement comme autant de « petites maniaqueries », me moquant quelque peu de moi-même, mais regrettant peut-être aussi qu’on puisse ainsi négliger de voir la recherche de la simplicité dans le fait d’apprivoiser son espace. Je ne me sens jamais submergée par le bazar, parce que l’espace où je vis m’appartient. Je décide de la place des choses, ce ne sont pas elles qui prennent leur place. Alors, oui, c’est vrai, je me sens vite envahie dès que quelque chose déborde. Mais cela ne dure pas longtemps, car je ne cherche pas à ranger, je remets simplement les choses à leur place. Ce qui est beaucoup plus rapide quand on sait où chaque chose va.

À cet égard, je me suis toujours plutôt sentie mise à part, ayant l’impression que « mes petites maniaqueries » étaient une absurdité risible quand le bordel, lui, ne doit surtout pas vouloir dire « laisser-aller » mais « liberté », laquelle est souvent opposée à la maniaquerie par une formule approchant le « mais moi, je ne me prends pas la tête avec tout ça, ça ne m’inquiète pas ». Le hic étant que, dans mon esprit, je ne me suis jamais sentie prisonnière de mes objets. Bien au contraire.

Je dois au moins saluer le bouquin de Marie Kondo pour cela : réhabiliter ceux capables d’apprécier le fait de ranger leur environnement et qu’on a souvent tendance à qualifier de maniaques, en oubliant un peu vite que la manie est avant tout un trouble de l’humeur dont la personne souffre.

Si je n’entre pas dans l’idée de remercier mes objets au quotidien (partie un peu chelou du bouquin…), je leur donne au moins l’attention qu’ils méritent pour l’usage que j’en ai. Ayant pour habitude de donner valeur à ce que je possède depuis longtemps, le fait de prendre soin de mes affaires paraît assez logique. J’y gagne alors en tranquillité comme en plaisir. « La magie du rangement » de Marie Kondo tient à cela : écarter de son esprit cette activité bâtarde pour la rendre routinière et se libérer réellement en n’ayant pas constamment à l’esprit : « je devrais faire… ». Et là aussi, cela vaut pour tout.

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2 réflexions sur “Kondomania ou le petit traité du rangement ordonné

  1. Le rangement a pour moi un seul et unique but : ne plus chercher mes affaires. On peut me sortir le beau discours du bazar organisé, du « non, mais je sais où c’est, t’inquiète », il n’en reste pas moins que quand il faut soulever 3 chaussettes et déplacer 2 boites pour atteindre le livre qu’on cherchait, y’a un problème.
    Plus sérieusement, j’ai tendance à associer le bazar a un manque de rigueur … et quand on veut faire quelque chose, la rigueur c’est toujours bon. Il ne s’agit pas de devenir psycho-rigide et de faire un caca nerveux si un objet est déplacé de quelques centimètres, mais un minium d’organisation, ça rend quand même la vie plus facile … quand on est sur un projet, ne pas être obligé de chercher l’objet dont on a besoin maintenant tout de suite pour continuer, c’est agréable.

  2. Je partage complètement ton point de vue ^^. Il n’y a rien qui m’agace plus que de devoir prendre du temps à chercher au lieu de faire. Quand tout est à disposition rapidement, chaque entreprise est simplifiée.
    Je ne crois pas non plus au bazar organisé. (Sauf chez Gaston.)

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