La vie sans principe

5172RHSTAFL._SY344_BO1,204,203,200_Première lecture d’une liste de bouquins qui s’allonge à mesure où je découvre les auteurs, et où se précise mon intérêt. Henry David Thoreau reste un attachement ancien puisque je l’avais découvert au cours de mes études, trouvant particulièrement fascinante sa façon de percevoir les choses. Il est aujourd’hui encore d’une grande modernité. À la limite, on se demande finalement s’il y a eu une quelconque évolution dans nos sociétés puisque ce qu’il dénonçait alors est dénoncé aujourd’hui.

Pire, on voit presque en H.D. Thoreau un Diogène moderne, qui une fois encore fascine mais n’inspire pas, ou peu. Ce texte est une conférence qu’il a donné et finalement accepté de publier peu de temps avant sa mort. S’appuyant sur son expérience de vie retranchée, faite de simplicité, ses écrits respire le transcendantalisme. L’homme est bon par nature, la société le corrompt. Plutôt que de vivre, en société l’être humain cherche à dépasser son statut de vivant pour acquérir ce qui ne lui est pas fondamentalement utile. Entendre : ce dont il n’a pas besoin pour élever sa conscience et vivre. L’argent, la renommée, les objets, le temps perdu etc…

Vous commencez à voir le rapport avec la choucroute ? Le blog tente d’éclaircir mon cheminement, autant pour moi que pour d’autres, s’agissant de mieux répondre à un besoin de changement. La frivolité du présent, loin d’être neuf, est une tare directement liée au vivre ensemble, à la vie politique. Ce qui nous mène loin, aux fondements de notre civilisation.

Thoreau n’est pas le chantre de l’ermitage, loin de là. Il le dit plusieurs fois. Il sait vivre en et avec la société, suffisamment pour gagner ce qui lui permet d’avancer le lendemain. Mais en veillant à ne jamais se laisser enfermer dans un carcan qui briderait sa seule liberté de choisir de ne plus être lié. Pour faire bref : s’il a envie de contempler le lever du soleil plutôt que de prendre le quart, il ne se laissera pas voler ce moment d’éternité. Si communauté il doit y avoir, ce ne sera qu’entre individus autonomes et indépendants, tout rapport de sujétion vouant selon lui à l’échec une vie en communauté dynamique, généreuse et enrichissante.

Il a le courage qui manque à la plupart (moi la première) : désobéir à l’ordre social (à lire : « De la désobéissance civile »). Non pas pour le pervertir, le violenter ou le détruire, mais pour que ce dernier ne le pervertisse, ne le violente ou ne le détruise pas lui. Chose finalement qui se produit avec une facilité déconcertante au quotidien. À son époque, il s’étonnait des enfantillages et des frivolités dont nous pouvons être férus. Devons-nous citer notre époque et sa consommation à l’excès des pires outrages à la bonne intelligence, de sa culture de l’immédiateté baignant dans une tendance à la déresponsabilisation ? Il serait probablement estomaqué de voir les usages que nous avons d’outils qui pourtant pourraient être incroyables pour une plus grande diffusion des bonnes pratiques.

Mais, me direz-vous, quelles bonnes pratiques ? Car il est facile de pointer les lacunes d’autrui tout en vantant ses propres vertus, mais c’est prendre le risque de se lancer dans un jeu de miroir qui a plus d’une fois démontré être d’une rare niaiserie.

Ces bonnes pratiques ce sont simplement celles qui nous conviennent. À chacun de nous. Et leur diffusion passe évidemment par le partage. Prenons un exemple bête : plutôt que de garder secret le gué pour passer le torrent qui coupe la vallée en deux, et en tirer profit (droit de passage, rétorsion, privilèges…), offrir cette information à tous rend notamment vain l’obligation de protéger, d’armer ses entrées. Si tout le monde vient à connaître cet avantage, il y a un espace naturellement pacifié. Et cela vaut pour tout. Nous avons les outils pour démultiplier le partage d’expériences, d’envies, de savoirs, nous les utilisons pour truster les savoirs, vanter les expériences, exacerber les envies.

Je me suis un peu éloignée du texte de Thoreau pour disserter au fil des réflexions que ce petit document m’a inspiré, mais ce que j’en retire au final s’agissant du sujet d’intérêt de ce blog, c’est que la démarche initiale n’est jamais qu’individuelle. Un mouvement global, organisé ne peut être viable que dès lors que les individus qui le compose sont autonomes, conscients de leur engagement par une mise en application antérieure à tout regroupement. Un tel regroupement n’est durable que dès lors que chaque composante apporte une pierre à l’édifice, qu’il s’agisse de son expérience ou de ses savoirs. Il est très difficile d’attendre d’un groupe qu’il soit efficace dans la mise en oeuvre de ses objectifs déclarés s’il doit commencer par éduquer ses membres. On apprend toujours, ce n’est pas la question. Mais on n’apprend bien qu’en étant conscient de cette nécessité, et par là qu’à partir du moment où on échange plus qu’on n’observe. Si vous souhaitez vous engager dans une démarche, quelle qu’elle soit, en adhérant à un regroupement, ne le faite qu’à la condition d’avoir au préalable pris pour acquis personnel les obligations que cela induit. N’attendez pas du groupe qu’il vous inspire. J’ai un temps voulu me rapprocher du mouvement Colibris qui se montait dans la ville que j’habite. J’étais comme la plupart de ceux venus à la première réunion : curieuse, mais vide d’idées. Beaucoup d’envies, peu à partager. Pour d’autres raisons, je n’ai pas continué. Aujourd’hui, je vais probablement me rapprocher à nouveau de ce groupe. Avec cette fois beaucoup plus de choses à partager, beaucoup plus d’idées à l’égard de ce que je dois apprendre.

Et sinon… faut lire Thoreau.

Oui… c’est ma conclusion. 😀

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