On va se faire passer un savon…

savonMère Nature risque en effet fort de nous souffler dans les bronches, un jour ou l’autre. Elle donne le LA de temps à autre par ailleurs, mais il semblerait que nous soyons un peu sourd à ses envolées lyriques. Mais que diable nous chante-t-elle ? Pas Mère Nature, non, elle, … moi. Précisons donc (ça m’arrive de parler de moi à la troisième personne. Oui. Nous allons bien.)

Nous tenons absolument à être propre sur nous. À tel point qu’on est prêt à céder à n’importe quel produit nous vantant les mérites du plus propre que propre. Avouons-le, il est agréable d’avoir le sentiment d’être délesté des crasses de la journée ou de débuter celle-ci en sentant le frais dynamisant et revitalisant <insérer ici tout qualificatif positif>.

Cependant, comme pour beaucoup d’autres de nos progrès… prenons-nous le temps d’imaginer ce que cette précieuse ridicule que nous sommes parfois nous amène à faire en réalité ? On range les sprays tout de suite (d’ailleurs, c’est mal !), je ne dis en aucun cas que « se laver c’est pas bien ! ».

Je parlais dans un billet récent des lessives, lesquelles ont le tort d’être aussi nocives pour l’environnement que moyennement bonnes pour nos peaux (en dépit des allégations de soin hypoallergénique ou autre bienfait avéré, bien que rarement prouvé), essentiellement en raison de ses composants. Je ne reviendrai pas maintenant sur le sujet, mais lorsque j’aurais moi-même fait mes expériences et finalement adopté une méthode plus neutre.

Outre ces lessives qui partent dans nos eaux d’évacuation, il faut ajouter le produit phare de nos salle de bains : le savon. Avez-vous déjà constaté que l’offre dans les supermarchés est presque aussi conséquent que l’offre de yaourts ? (Autre sujet à venir… teasing !) Le rayonnage n’en finit pas de se charger de produits tous plus miraculeux les uns que les autres, tous plus naturels et bénéfiques.

Pourtant, il est fort à parier que la grosse majorité d’entre eux n’est qu’une accumulation de produits qui n’ont rien de naturel et qui sont probablement très loin d’entrer dans la logique de C2C (ou Cradle to cradle ou berceau à berceau).

L’éco-conception Cradle to Cradle définit et développe des produits recyclables. En opposition au recyclage conventionnel, ici nous maintenons la qualités des matières premières tout au long des multiples cycles de vie du produit. Ce qui signifie plus de déchet, tout est nutriment : les bons matériaux rentrent dans des cycles à l’infini, utilisés au bon endroit au bon moment (métabolismes).

EPEA Paris

Notre gel douche classique, en bouteille, pollue certainement plus qu’il ne nourrit l’eau rejetée dans nos canalisations. En tout cas, il comporte souvent un grand nombre de composants qui n’ont rien de neutre, comme moindre mal, pour l’environnement. À commencer par les très détestables « conservateurs ». Car, le gel douche est composé en grande partie d’eau. Pour éviter le développement bactérien… c’est bien de mettre des conservateurs. Mais, comme pour la lessive liquide, c’est plutôt dégueulasse, souvent allergisant ou irritant.

Il est assez facile de trouver en ligne la liste des produits qu’il faudrait checker sur le flacon avant de l’acheter si on ne souhaite pas se gaver des oeuvres pétrochimiques ou simplement chimiques. L’émission « La Quotidienne » sur France 5 a produit une chronique d’une dizaine de minutes qui propose une approche de l’ampleur du problème. Chose pratique, sur la page replay de l’émission, un petit résumé est offert, offrant l’occasion de regarder d’une autre façon son flacon de savon qui nous rend si propre : « Gels douches, l’envers de la mousse ».

Une fois encore, je ne jette pas le bâton sans m’être flagellée avant, car il faut bien admettre qu’il y a une chose qui me guide dans mon choix de gel douche : l’odeur. Je suis toujours psychorigide du pif et c’est parfois rédhibitoire. Si j’ai pris conscience des quantités de plastique gaspillées, des ressources d’eau nécessaires, de la méfiance obligée à l’égard du « tout naturel » annoncé… je n’ai pas encore lâché mon gel douche. J’utilise des doypack (ou gourdes) qui sont moins gourmandes en matières plastiques à la production… mais qui ne sont pas recyclables. Ce n’est donc pas encore la solution. D’autant plus que je ne résous pas le problème des cochonneries réelles que contient mon gel douche supposément plein de bons produits naturels.

Mais… j’ai sauté le pas en profitant d’une occasion. Je vais tenter de lâcher la bouteille de gel douche au profit d’un savon classique qui lui n’a pas besoin de conservateurs ou de produits chimiques en tout genre. Qu’il s’agisse :

  •  d’un classique savon d’Alep dont la composition est faite d’huile végétale (olive), d’huile de baies ou de feuilles de laurier et de soude. Exit les produits de synthèse, les solvants, les conservateurs, les colorants, les fixateurs de parfum… Je teste bientôt, voir si ma peau apprécie le traitement (et si mon pif le tolère), je viens de profiter d’une occasion pour enfin en acheter.
  • d’un savon fabriqué à partir du principe de saponification à froid. Et c’est ma découverte du jour. Le savon d’Alep est fait à chaud, porté à ébullition dans de grandes cuves en cuivre. Le processus de saponification de ces savons commencent par une cuisson à 40-50°C et, ce faisant, conserve la glycérine végétale (glycérol), cela s’appelle le surgras, soit l’huile végétale qui n’a pas été éliminée dans le processus. Pour plus de détails sur ce procédé, il existe une association qui s’y consacre : L’association des nouveaux savonniers. Ce qu’on gagne à visiter le site ? Toute une liste de sites d’artisans ! Et je crois avoir trouvé mon bonheur pour ma prochaine virée en Bretagne : La savonnerie cancalaise, qui a des points de ventes aussi bien à Cancale, Dinard, Dinan, Taden, Saint-Malo… Cancale, c’est bien, outre les huîtres, les épices… il y a maintenant des savons. Approuvé.

Tout ceci vaut également pour les shampoings. Il y a les adeptes du « No Poo » qui proposent en général une solution qui n’a rien de très engageante. Après avoir laissé son cuir chevelu reposer (ce qui suppose en gros ne pas laver ses cheveux pendant un mois environ afin de permettre au sébum de se refaire une santé vigoureuse), le lavage se fait en utilisant notamment du bicarbonate de sodium et du vinaigre de cidre pour le rinçage. Je vous invite à lire cet article, « No poo and water only, 1 an sans shampoing », quand bien même vous ne seriez pas, comme moi, prêt à sauter le pas.

Il existe une autre alternative, permettant de s’éviter des shampoings essentiellement composés d’eau et de plein de trucs qu’on ne devrait pas vouloir se mettre sur la tête : les shampoings solides, qui, d’après ce site de vente, Lamazuna, semblent être autrement plus soucieux de ne pas entrer dans la logique de la cosmétique actuelle. Peut-être un peu plus dans la logique de la « Slow cosmétique » (un peu comme ces tendances slow qui fleurissent à propos de pas mal de sujets, et sur lesquelles je me pencherai).

(…)la cosmétique doit utiliser des ingrédients issus des ressources disponibles qui apportent quelque chose de positif à la peau (…).

(…)La cosmétique ne doit pas créer de nouveaux besoins pour la peau. Limiter le nombre de produits et de gestes nécessaires au maintien en bonne santé de la peau est fondamental pour éviter les pièges du marketing.(…)

(…)La cosmétique doit s’efforcer de minimiser son impact écologique dans toutes les sphères de sa conception et de son utilisation. Les cycles courts et les échanges au niveau local doivent être privilégiés.(…)

(…)Tout ingrédient ou toute technique potentiellement toxique pour l’être humain doit être évité. (…)

En bref, je dois revoir pas mal de choses dans ma salle de bain. S’il ne s’agit pas de mon premier chantier, je me pose déjà les questions à mesure où mes produits actuels tendent à se finir. Le vide se fait progressivement dans mes placards ici aussi, et je recherche activement des alternatives qui soient plus saines, que ce soit pour moi ou pour l’environnement.

Je l’avoue volontiers. Mère Nature me fait peur. (Elle sait crier fort parfois).

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