Mais de quoi parle-t-on ?

wpid-wp-1425501310471.jpegJ’ai commencé ce blog en parlant de zero waste, puisqu’il m’a semblé assez logique de parler d’un aspect visible et évident d’une démarche plus globale. J’ai parlé à ce propos de consommation raisonnée. Cela étant, au fil des pages et des articles, il est possible d’ajouter à ces expressions : sobriété heureuse, simplicité volontaire, ou encore décroissance. Cela peut paraître assez confus pour toute personne prenant le train en route sur ces thématiques.

Une terminologie différente tend à sous-entendre des concepts différents. Pour autant, dans le fond, il me semble que ces expressions se recoupent très largement et se retrouvent dans une même idée fondamentale : diminuer, accepter de diminuer, ou accepter que diminue un train de vie qui paraît être parfaitement incohérent avec des valeurs qui nous sont plus importantes que celui-ci.

Notons immédiatement qu’il s’agit d’une démarche a priori personnelle. Il peut y avoir des regroupements, des démarches communautaires et des mouvements partageant les mêmes horizons, mais rien ne peut se faire concrètement sans que le changement ne viennent de chaque individu particulier.

Quand on se penche sur la question, on découvre assez vite que le maître mot réside dans la consécration d’un individualisme motivé par le bien commun. Cela peut paraître paradoxal, voire carrément consacrer l’individualisme galopant de notre capitalisme conquérant, celui qu’on accuse de bien des maux, mais finalement on ne choisit pas de vivre avec moins sans se soucier de ce qui appartient à tous : l’eau, l’air, l’énergie, la terre…, à l’inverse de la tendance individualiste plus égoïste qui cherche à maximiser les profits pour son compte, en toute matière et tout objet. Car, il faut bien admettre que vivre avec moins suppose de s’imposer quelques efforts complémentaires que notre société bienveillante se targue de vouloir nous éviter.

Si je souhaite aujourd’hui réduire mon impact environnemental, ce n’est pas uniquement pour ma pomme, même si j’espère en retirer un bénéfice, mais c’est également parce que je considère que nous ne faisons que passer en empruntant un chemin qui sera foulé ensuite par d’autres. Personnellement, je n’aime pas poser les pieds dans les ordures de ceux qui m’ont précédée. « Ne fait pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». C’est une éthique de réciprocité assez universelle.

Là, où je me l’a joue individuelle, c’est dans le fait d’accepter que je ne sauverai pas la planète de mes petites mains et avec ma seule volonté. En revanche, je choisis personnellement de faire en sorte de ne pas contribuer plus que de raison à sa destruction. En tout cas, pas dans la mesure de ce que je peux faire : ne rien jeter qui ne soit récupérable, ne pas gaspiller les ressources épuisables, ne pas exiger plus que je ne peux embrasser… Tout ceci, dans la mesure de ce que je peux contrôler, car il faut admettre que je ne serai probablement jamais exempte de contradictions (j’aime conduire… ).

Il est possible d’entendre parler en ce cas d’objecteurs de croissance, à l’instar des objecteurs de conscience, s’agissant des personnes qui choisissent de vivre autrement qu’en suivant aveuglément la logique de croissance qui guide nos sociétés. Je n’apprécie pas vraiment cette expression car elle me paraît sous-entendre une attitude moralisatrice.

Or, il me semble qu’il s’agit avant tout d’une démarche personnelle. Celle qui me convient et qui répond à un besoin se faisant de plus en plus prégnant : celui d’alléger mon esprit en le désencombrant (encore) de tout ce qui ne m’apporte en définitive que peu de choses, et ce selon les critères que je décide. Je ne suis pas les directives d’un gourou, je m’informe librement sur diverses ressources, je n’estime pas devoir imiter pour m’améliorer. Rien ne permet de dire que cela conviendra à quelqu’un d’autre, et je ne me fais pas une mission de convaincre. J’en suis simplement à espérer que mon expérience puisse trouver écho, aussi minime soit-il, à tout le moins en ce sens qu’elle se partage.

En somme, je chemine en essayant de m’écouter.

Prenons un exemple. Dans bien des récits proposés par le livre que je lis actuellement, et qui est à l’origine de ce billet, la télévision est éradiquée des modes de vie, chacun s’accordant à dire que cela libère un temps précieux pour des activités beaucoup plus productives. Pour ma part, je ne la regarde plus. Cela étant, me contenter de le dire ainsi, c’est éluder une partie de la vérité. Je ne regarde plus les programmes télévisés des chaînes courantes, mais je continue de regarder des séries, des émissions choisies, des documentaires, des films. Je retire de tout cela bien des choses. Des pistes de réflexions personnelles, des découvertes, du divertissement… C’est de l’ordre de 50 à 100 minutes par jour. Et, oui, je m’abrutie de temps en temps sur quelques vidéos YouTube. Mais c’est en général qu’elles me font rire. Ce qui est plutôt une bonne chose. On peut dès lors retenir également que je ne suis pas du tout allergique au monde virtuel, ni à l’informatique. Je me suis fortement intéressée à la notion de transhumanisme. Autant de sujets qui se démarquent des grandes lignes qui se dégagent des récits de « Vivre la simplicité volontaire ».

Ce livre est assez captivant parce qu’il dévoile une grande variété de parcours. Il est possible de comprendre qu’aucune de ces expériences ne résulte d’une révélation soudaine mais bien d’un cheminement personnel. Il est appréciable de ne jamais ressentir dans les discours la volonté d’écraser l’autre d’une vie exemplaire sans contradictions, comme un modèle à suivre car il n’en est aucune qui puisse s’en vanter. Il est cependant difficile de ne pas avoir le sentiment, une fois la lecture bien avancée que cette tendance sera toujours plus ou moins minoritaire, car elle suppose une démarche allant à contre-sens de la tendance plus générale, en la brusquant, sinon en la choquant, sans qu’il n’y ai pour autant de malveillance réfléchie. Ce n’est pas non plus une coupure avec le monde, car tous revendiquent vouloir au contraire renouer avec les contacts directs, ceux qui s’étiolent à mesure où nous disposons de plus en plus d’outils de communication. Pour autant, se dégage très largement de l’ensemble le sentiment qu’il y a une forme de mise à l’écart acceptée, de marginalité nécessaire, de retraite parfois un peu coupable dans le sens où la démarche étant personnelle il ne sert à rien de vouloir convaincre plus que de cela ne nous sert. Il y a bien des militants, mais beaucoup disent ne pas avoir la fibre. C’est en cela, il me semble, un individualisme de plus.

La sobriété heureuse, la simplicité volontaire, la décroissance… toutes ces façons de dire « vivre mieux avec moins », cela n’a de sens, réellement, qu’à partir du moment où on est capable de décider pour soi ce que veut dire vivre mieux. Et ce sera par conséquent toujours différent d’un individu à l’autre. Avoir plus de temps pour lire mes bande-dessinées ? Ce serait un mieux, réellement. Je fais sauter un épisode d’une série pour y consacrer une soirée. Lire un livre ? Idem. Je reporte un documentaire pour le faire. Décider de son propre agenda, car à l’inverse d’avoir des chaînes qui choisissent nos horaires en nous imposant leur grille de programme, nous avons aujourd’hui des outils à la demande, qui mériteraient d’être poussés plus loin dans leur approche mais qui existent.

Cela vaut également pour d’autres aspects, moins futiles, de la vie tels que se nourrir. Plutôt que de se laisser dicter les choix de produits par l’adhésion spontanée à une mode ou à une publicité invasive, il est bon de se demander : ai-je vraiment envie de pâte à tartiner ? Si oui, est-ce réellement ce produit le meilleur ? Des questions que parfois on ne se pose plus. Il m’arrivait de remplir machinalement mon panier, uniquement parce que c’était simple : « un plat tout fait ? Oui, pourquoi pas, ça m’évitera de perdre du temps à cuisiner, tant pis si c’est gavé de saloperies (conservateurs, origine de produits…), après tout, ça me simplifie la vie ». Cette simplicité là… elle ne m’attire plus vraiment. En revanche, j’ai grandement besoin de faire en sorte que mes choix ne me pénalisent plus que ce soit sur le plan moral, sur le plan de la santé ou sur le plan simplement de l’avenir. La démarche se veut positive et tend à vouloir achever toute intoxication, que celle-ci passe par le biais des aliments, des relations ou encore des sources d’informations. C’est là un individualisme qui se partage, se compose, s’agrège.

À l’heure actuelle, j’en suis encore au stade de la définition, ce qui suppose quelques efforts supplémentaires. Un jour, ma simplicité à moi résidera dans le fait de ne plus avoir à chercher ce qui me convient. Or, ne plus avoir à chercher, c’est s’économiser beaucoup de temps.

Quelles questions vous posez-vous quand on vous parle de simplicité volontaire, de décroissance ou de sobriété heureuse ? Foutaises ? Utopies ? Ou bien projets ? Ambitions ? Me concernant, je trouve parfois cela assez déroutant car aussi attrayant que cela puisse paraître l’aspect individualiste est assez prégnant. Ce qui, de prime abord, est loin d’être fédérateur.

Lecture possible : « Volontaire, oui, mais populaire ? »

Ouvrir le bocal...Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Google+
Google+
Email to someone
email

Remplissez le bocal d'un commentaire