Choix personnel, débat et relativisme

PandaUn petit échange parti d’un sujet de rien (en gros, la poussière sur les meubles) m’a amené à m’interroger un peu plus sur la question d’utilité, la notion de confort, d’opportunité et finalement de relativisme.

Non pas que je veuille asseoir mon point de vue (surtout s’agissant de la poussière… :D), mais je trouve que le fond du débat peut être intéressant. En gros, la question était de savoir si employer une personne pour faire le ménage chez soi est une dépense inutile ou non. Partant de là, la question s’est grossie d’une autre dimension à savoir : est-ce qu’employer une aide ménagère (sans sexisme) peut être considéré comme équivalent à acheter des légumes au marché, et donc payer le travail d’une autre personne pour faire pousser les légumes, ou aller chez le coiffeur, et donc payer le savoir-faire d’une personne pour se couper les cheveux.

Je ne compte pas refaire le débat, parce que nous sommes arrivés à ce qui me semble être un beau cul de sac de relativisme, considérant qu’en définitive : « c’est différent pour tout le monde ». Si ce relativisme est intéressant pour creuser un sujet, et éviter l’arbitraire d’une réponse assénée sans plus de réflexion, il comporte selon moi l’inconvénient majeur de ne jamais véritablement permettre de trancher un point, car il y a du relativisme pour tout. Et cela pose problème dans bien des débats qui, finalement, se retrouvent à tourner autour des détails individuels, considérant que cela vaut autant comme vérité générale que le point de vue de l’autre, sans trouver de solution globale satisfaisant chacun si tant est que le compromis ne sait être atteint. Dès lors, on assiste le plus souvent soit à un conflit, soit à la défection d’un des participants qui considère que ça ne vaut plus la peine d’être débattu puisque de toute façon il est impossible d’intégrer tous les particularismes pour trouver une solution acceptable par tous.

Le sujet se prête assez bien au thème de ce blog, car en définitive, le choix de modifier son mode de vie revient à se confronter à des oppositions mécaniques, celles qui reposent à des automatismes que le mode de vie dans lequel on évolue, en raison de son lieu d’habitation, de son milieu ou de sa culture, a développé. Par exemple, réduire ses déchets revient à devoir refuser les emballages excessifs : demander à son boulanger de ne pas glisser la baguette dans un étui papier. Si en général, ça se passe bien, ça surprend, et il faut prendre sur soi le premier regard interrogateur, les sourires en coin des autres clients ou l’agacement du boulanger qui est bien content d’utiliser les étuis qui lui font de la publicité et qu’il a payé une blinde.

Cela vaut pour à peu près tous les choix qui diffèrent de ce qui se fait communément. Même dans son environnement le plus proche où il va falloir réussir à exposer sa démarche afin de ne pas avoir à expliquer pourquoi il n’y a pas de serviettes en papier et pourquoi on préfère faire la vaisselle plutôt que d’utiliser des couverts en plastique même quand on est une table de 10.

Peut-on brandir alors l’argument de l’utilité quand on choisit délibérément de faire différemment ? C’est sans doute utile pour moi, parce que sinon je ne le ferais pas, mais est-ce que c’est utile pour tout le monde ? Nous entrons dans le domaine du choix personnel, et ma crainte actuelle est de ne plus pouvoir entrer dans une discussion sans finir par conclure qu’il s’agit d’un choix personnel. Autrement dit qu’il ne sera pas possible de dire qu’une chose est selon nous meilleure parce qu »il ne s’agira jamais que d’un choix personnel. Ne peut-on réellement pas objectiver un apprentissage ou une opinion afin de le partager et de tenter de le diffuser, considérant que les arguments qui nous font dire que c’est un mieux passent par le biais du choix personnel ? Qu’est-ce qui permet en définitive de dire qu’une chose est utile ou inutile pour tous ? Qu’il existe un confort universel (comme dormir un minimum de 7h par jour) ? À partir de quel moment peut-on affirmer qu’il s’agit d’un luxe plutôt que d’une obligation ?

Je conclue ce billet en me disant que je n’ai pas vraiment de réponses, sauf à vouloir être assez psychorigide et finalement décréter qu’il n’existe pas de relativisme. Ce que je ne crois pas. Les choix personnels eux-même peuvent se croiser sur des terrains d’entente communs. Si les biais pour arriver par exemple à un mieux-vivre peuvent varier, personne ne dira réellement que mieux-vivre n’est pas une quête commune à tous. Le relativisme repose peut-être sur les chemins empruntés, plus que sur les objectifs. Mais ne le retrouve-t-on pas également sur la définition de l’objectif ?

La question me taraude aujourd’hui, justement parce que je suis en pleine redéfinition de ce qui est important pour moi, me rendant compte qu’il y aura probablement des moments et des décisions qui surprendront car choqueront les habitudes les plus communément admises, qu’il s’agisse de confort ou d’esprit pratique. Cela suppose en définitive de savoir exposer son choix personnel sans jamais laisser croire que c’est le meilleur choix. Et ce n’est pas si facile. Car dans une discussion, il est facile de sauter des étapes explicatives, perturbant le fil des propos et amenant les interlocuteurs à se perdre en interprétations diverses qui finalement s’éloignent progressivement de ce que l’on souhaitait exprimer initialement : en arriver à l’incompréhension.

Débat ouvert, contributions appréciées !

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Une réflexion sur “Choix personnel, débat et relativisme

  1. Réduire ses déchets, modifier son mode de vie, c’est effectivement un choix personnel … on fait ce choix pour de multiples raisons, plus ou moins égoïstes, mais c’est un choix. Mais finalement, sans tomber dans la « grande philosophie », je pense que toute notre vie est une succession de choix,aux conséquences plus ou moins heureuses. J’avoue que je ne vois pas vraiment comment présenter les choses autrement …

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